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17.2.09

Chouan




--- Zentropa ---

Les taches saumâtres sur la lame légèrement ébréchée fascinaient le regard de Grand-jean.

Un imbécile, un gars de la ville ou un étranger ignorant que l'enfer s'était abattu sur la Bretagne auraient pu croire qu'il s'agissait de traces de rouille.

Mais c'était bien du sang qui souillait sa faux.

Cette vision peinait Grand-jean. Son outil de vie, celui qui lui avait permis de nourrir sa famille durant de si longues années, était devenu un instrument de mort et, même s'il ne regrettait rien, cette mutation tragique pesait douloureusement sur son cœur de paysan et lui menait à la bouche un goût amer de paradis perdu.

Humble paradis bien sûr, paradis de peine et de labeur entrecoupé de ces explosions festives où le vin coulait abondamment et où les filles dansaient en souriant étrangement aux garçons… Paradis chargé de cette joie de voir ses enfants devenir assez forts pour l'accompagner aux champs… Et faucher alors avec un peu plus d'abnégation et d'ardeur que d'ordinaire pour surprendre l'admiration dans leurs yeux…

Grand-jean interrompit là son évocation qui le conduisait sur les rives dangereuses de l'attendrissement, prélude à la faiblesse.

Plusieurs gars déjà, saisis par cette mélancolie poignante qui suit le fol et furieux abandon des combats, avait fait leur paquetage pour disparaître dans la nuit et rejoindre leurs familles. Certains étaient revenus d'ailleurs, n'ayant trouvés à l'arrivée que fermes incendiées et récits du martyr de leurs proches.

- « Ces salauds de Bleus, même le Bon Dieu ne pourra leur pardonner… » murmura Grand-jean en posant la main sur le sacré cœur cousu à son habit, comme pour l'empêcher d'entendre ses propos sacrilèges.

En même temps, du pardon, il en aurait bien besoin lui aussi, il l'avait violemment ressenti face à l'indicible terreur qui avait traversé le visage de ce soldat à peine plus âgé que son fils auquel il avait tranché la gorge, au corps à corps, cette après-midi.

Mais pourquoi ne les avait-on pas laissés tranquilles ? Ils n'avaient rien demandé à personne…

Il était impérieux de mettre un terme au règne de l'injustice ?

Mais peut-on imaginer injustice plus grande que celle transformant des gosses et des pères de familles en assassins ivres de haine ?

Grand-jean cracha dans le feu comme pour expulser ces pensées douloureuses et confuses. La braise crépita un instant.

Dans la demi pénombre, les traits creusés par la fatigue, les bouches closes par le souvenir de ceux qui étaient restés dans la plaine le ventre ouvert où le crâne fracassé, cette assemblée de braves gens qui, il y a quelques mois encore, n'avaient tués que des lapins et des perdrix, ressemblait assez au ramassis de brigands cruels et sanguinaires décrit par les gazettes républicaines.

Si la guerre durait trop longtemps, peut-être le deviendraient-ils vraiment…

En attendant, il y avait un travail à finir et lui ne partirait pas, ne renoncerait pas.

- « Pourquoi vous battre pour les nobles ? » lui avait un jour hurlé un prisonnier avant de recevoir au creux de la nuque la rédemption métallique de ses exactions citoyennes.

Les nobles ? Depuis qu'il avait rejoint le bocage, il n'en avait pas vu un seul... Ha si, une fois… Un marquis peut-être… Passé à cheval auprès d'eux, il s'était écrié « Nous sommes contents de vous ! » avant de replacer sur son nez et sa bouche un mouchoir de lin blanc richement brodé.

Les seules choses que réclamaient Grand-jean étaient d'être maître sous son toit, de pouvoir communier le dimanche pour être en règle avec Dieu, et de ne pas aller mourir sur une frontière lointaine qu'il ne comprenait même pas.

L'obscurantisme, disait-on.

Insensible aux lumières glorieuses du bonheur universel, il était prêt à mourir pour le non-malheur de sa famille, de son clan et de sa paroisse.

Il ne savait bien entendu pas si leur gueuse épopée serait couronnée par la victoire, mais en voyant autour de lui ces bonnes têtes du pays, façonnées par deux millénaires de pluie et de vent incessants, ces copains de tant de semailles et de récoltes, ces sabots chargés de la terre qui l'avait jusque là nourri, ces pipes fumantes comme aux veillées d'antan et ces vêtements imprégnés de l'odeur des fougères, il savait qu'il était à sa place, dans le bon camp.


25.1.09

Il y a 216 ans, le roi Louis XVI est assassiné



TESTAMENT DE LOUIS XVI

“Au nom de la très Sainte Trinité, du Père, du fils et du Saint Esprit. Aujourd’hui vingt-cinquième de décembre mil sept cent quatre vingt douze.”

“Moi, Louis, XVIème du nom, Roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille. De plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse m’adresser. Je déclare ici en sa présence, mes dernières volontés et mes sentiments.

Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, et je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Église Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de Saint Pierre auquel Jésus-Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Église, les Sacrements et les Mystères tels que l’Église Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchirent l’Église de Jésus-Christ, mais je m’en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Église suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon coeur nos frères qui peuvent être dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.

Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j’ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l’Église Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de coeur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d’un Prêtre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.

Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne de tout mon coeur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma Soeur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être.

Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout d’en faire de bons Chrétiens et d’honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Éternité. Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère, s’ils avaient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son coeur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.

Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étais sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérêt gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements ; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes.

Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie MM de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi.

J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur coeur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie MM de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant Lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi”.

Fait double à la Tour du Temple le 25 décembre 1792.


Louis

16.1.09

Cinéma français!


31.12.08

... et à l'heure de notre mort!


Le 25 juin, à 11 heures du matin, les charrettes, en provenance de la Conciergerie, arrivent place de Grève (l'actuelle place de l'Hôtel-de-Ville), se frayant difficilement un passage dans une foule énorme de curieux. Le premier, Georges en descend, marche vers le bourreau, lui dit : « C'est à moi de donner l'exemple. Quand vous aurez terminé votre office, n'oubliez pas de montrer ma tête à mes compagnons, afin de leur ôter toute idée que j'aie pu leur survivre. » En fait, Cadoudal redoute une manoeuvre de dernière seconde, une grâce accordée sans qu'il l'ait demandée, et qui n'épargnerait, pensée insupportable, que lui... Il préfère prendre les devants. En se dirigeant vers la guillotine, il récite l' Ave Maria , s'arrête au verset « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant... » ; son confesseur lui murmure : « Continuez. » Cadoudal a un sourire, hausse les épaules : « A quoi bon, monsieur l'abbé ? Et à l'heure de notre mort, n'est-ce pas maintenant ? »

- Anne Bernet, Histoire générale de la chouannerie -
- via zentropa -

27.12.08

27.8.07

18.8.07

De l'usage du gourdin sous le Directoire


"La guerre contre le Robespierrisme trouva, au sortir du théâtre de la Cité, une armée rangée en bataille. Cette armée, qui était téméraire pour mieux être brave, appelait les périls, les combats, l'ennemi.
Elle était impatiente de vaincre, fût-ce en ce colletant; elle avait hâte de se sauver de ses remords, de se laver de défaites sans résistances, de se faire oublier son silence et son sommeil pendant les mauvais jours; et elle se jurait vengeance sur le pommeau de ses gourdins.
Dans la brutalité des mœurs révolutionnaires, le bâton devient l'ultima ratio des protestations.
Le bâton n'est pas seulement l'épée, l'arme de défense et d'attaque; il est la mise hors la loi, il est l'ostracisme appliqué au bonnet rouge. Il ne frappe pas seulement au nom d'une cocarde et d'un parti; il proscrit au nom de l'élégance. [...]
Au milieu des carmagnoles, le bâton fraye un chemin aux habits gris, aux cravates vertes; au milieu des têtes tondues, le bâton fraye un chemin aux cadenettes poudrées; au milieu des pantalons crottés, le bâton fraye un chemin au culottes tendues, aux bas blancs, aux jarretières flottantes.
Ceux qui portent ces bâtons, ce sont les muscadins, la jeunesse dorée de Fréron, comme on dit encore, les voilà dévoués, cœurs et poignets, au pouvoir quelconque qui refera de la France le pays des jeunes gens et des jeunes choses, le pays des mœurs légères, des gaies compagnies, des récréations permises, des habits dont on parle, des femmes dont on cause, des bals qui font émeute, et des amours qui font scandale. [...] Ils n'ont qu'un cri de guerre: la mort aux Jacobins, les gémonies aux institutions de Saint-Just!
Les jeunes gens ont pour alliées naturelles les femmes. Les femmes, dont l'opinion est faite d'attendrissement, et dont le parti ordinaire est le parti de la charité, étaient passées de bonne heure aux persécutés, lorsque les persécutés n'étaient que des victimes, et n'étaient pas encore une majorité. Ainsi, la guerre commence par des victoires. Les femmes séduisent les cœurs. Les spectacles, les acteurs enflamment les imaginations. Les bâtons de la jeunesse entament le dos des Jacobins."


- Histoire de la Société Française pendant le Directoire, Académie Goncourt -


12.6.07

Origami royaliste

Les Vendéens pliaient ainsi les assignats de façon qu’on pût y lire : " la mort de la Répubique "
Outre une plaisanterie, c’était entre eux un signe de reconnaissance.

24.4.07

Les drapeaux de l'armée catholique et royale

Dans les premiers jours de l’insurrection, les Vendéens utilisèrent comme emblèmes essentiellement les bannières de procession de leurs paroisses.
Les drapeaux qui apparurent ensuite (si l’on met à part celui arboré par les insurgés d’août 1792 devant Bressuire, qui était l’ancien drapeau- colonelle du régiment du Médoc sur lequel avait été peint "Vive le Roi") furent confectionnés à la hâte par les femmes. On mit toutes les habiletés à contribution, les châtelaines, les lingères, les nonnes tirèrent l’aiguille, d’autres prirent les pinceaux; il fallut plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour que toutes les paroisses aient leur emblème (ce fut d’ailleurs pourquoi beaucoup gardèrent leurs bannières de procession). On utilisera les tissus qui pouvaient convenir: de la soie ou du coton principalement, qui vu les difficultés d’approvisionnement de l’époque, provenaient de robes, de nappes (sacrées ou non) ou de draperies de toutes sortes. En général, ils étaient blanc (couleur de la France depuis le Moyen Age, pavillon des vaisseaux de guerre du roi Très chrétien, distinction des compagnies- colonelles dans les régiments ), mais les bannières d’églises en lourds draps colorés, étaient brodées de fils d’or ou de couleurs variées.
D’ailleurs, les fleurs de lis des étendards vendéens proviennent souvent d’ornements d’Eglise.
Il semble qu’on chercha à se rapprocher des dimensions réglementaires dans les régiments d’Infanterie ( environ 1,50 m sur 1,60 m ) et pour la cavalerie on utilisa de même, des "guidons", plus petits, mais sans conserver, semble- t- il, les formes particulières : il fallait improviser.
Selon la tradition et le témoignage de l’ abbé Remaud, le "premier drapeau de la Vendée" serait celui de La Rochejaquelein. Il est un des rares emblèmes à être parvenu jusqu’ à nous après avoir connu une histoire fort mouvementée, puisque, après la mort de Monsieur Henri, il passa à l’armée de Charette, fut arboré en 1815, puis en 1832 ! La plupart des drapeaux étaient peints ou brodés aux armes de France entourés de lauriers (ou de palmes), dorés ou au naturel . Bien des étendards étaient aussi chargés de croix, du double coeur enflammé, du Sacré-Coeur. Avec toujours beaucoup de variété dans la disposition des motifs, des fleurs de lis ou des inscriptions. Certains avaient des cravates, des franges. Les inscriptions et les symboles rappelaient les raisons du combat : "Vive la religion catholique", "Vive Louis XVII", "La religion et le roi Louis XVII", ”Armée catholique et royale“, ”Vive le roi”…
En général, les drapeaux de 1815 ou de 1832 sont plus décorés, mieux ” finis” (on avait eu plus de temps pour les confectionner, ils servirent peu, puis on les cacha). Ils sont également de dimensions variées, mais en général plus petits que ceux de la ”grande guerre”. Outre quelques-uns dont l’origine et l’histoire sont sûres, qu’ils aient ”fait” la guerre de 1793 à 1799 dans sa totalité ou en partie, ou celle de 1815, il en existe ici ou là d’autres qui, déployés lors des visites en Vendée des duchesses d’ Angoulème et de Berry quelques années avant 1830, sont d’une datation plus délicate. Après la révolution de juillet, Mademoiselle de Fauveau, qui accompagnait Madame de La Rochejaquelein et fut arrêtée avec elle en 1831, peignit quelques emblèmes sur soie avant d’aller en prison. D’autres mains brodèrent des fanions pour ” Henri” et ”Caroline“, mais il fallut détruire ou cacher ces étendards subversifs car la police de Louis-Philippe ne plaisantait pas. En 1870, les ”Volontaires de l’Ouest” du général de Charette chargèrent l’armée prussienne, précédés d’une simple bannière chargée d’un Sacré-Coeur et de l’inscription ”Coeur de Jésus Sauvez la France”.


12.4.07

Monnaies parallèles de la Révolution


Pour faire face à la pénurie de moyens de paiement, diverses initiatives furent prises.
Des monnaies dites de confiance furent émises par des villes ou des particuliers, sous la forme de pièces métalliques ou de billets de valeur faciale généralement peu élevée.
Des monnaies « obsidionales » apparurent dans des villes assiégées.

Quant à l’Armée Catholique et Royale, elle émit des bons « remboursables à la paix ».


2.3.07

Sommes la jeunesse de la fidélité

"Notre patrie à nous, c'est nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos pères ont aimé avant nous. Notre patrie, c'est notre Foi, notre terre, notre Roi... Mais leur patrie à eux, qu'est-ce que c'est ? Vous le comprenez, vous ?... Ils l'ont dans le cerveau; nous l'avons sous les pieds... Il est vieux comme le diable, le monde qu'ils disent nouveau et qu'ils veulent fonder dans l'absence de Dieu... On nous dit que nous sommes les suppôts des vieilles superstitions ; faut rire ! Mais en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle, sommes une jeunesse, Messieurs ! Sommes la jeunesse de Dieu. La jeunesse de la fidélité ! Et cette jeunesse veut préserver pour elle et pour ses fils, la créance humaine, la liberté de l'homme intérieur..."

- La Rochejaquelein, Adresse à ses hommes - ce texte est également attribué à Charette -

27.2.07

Un chien condamné pour ses idées

Le fanatisme imbécile de l'époque révolutionnaire est à l'origine d'une sentence de mort contre un chien.
Rue Saint-Nicaise vivait un invalide nommé Prix. Il fut accusé de "manoeuvres contre-révolutionnaires" et condamné à mort le 17 novembre 1793 (27 brumaire an II). Il vivait avec un chien qui fut accusé de partager les opinions "réactionnaires" de son maître et d'aboyer de façon hostile à l'approche des "habits bleus" des soldats de la République.

Les archives nationales conservent le dossier du Tribunal révolutionnaire traitant de cette affaire, avec le procès-verbal suivant:

"Au nom de la Loi,
Aujourd'hui vingt-huit brumaire, l'an deuxième de la République Française une et indivisible.
En vertu d'un jugement rendu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 4mars, qui condamne le nommé Prix, dit Saint-Prix, portant peine de mort, également par ledit jugement que le chien dudit Saint-Prix serait assommé, que ledit tribunal ayant envoyé les ordres en conséquence au Comité de surveillance de la section des Tuileries. Ledit comité désirant mettre à execution ledit ordre, et en vertu de l'arrêté dudit comité, nous nous sommes transportés, nous, Claude-Charles Georges, commissaire dudit comité, accompagné du citoyen Pierre-Louis Hosteaux, inspecteur de police, dans une maison appelée "Le combat du Taureau", tenue par la citoyenne Macquart, où étant nous avons trouvé la citoyenne Macquart, et après lui avoir exhibé l'ordre dont nous sommes porteurs, en l'invitant de nous représenter ledit chien mentionné ci-dessus, à quoi elle s'est soumise, nous avons de suite requis le citoyen Bonneau, sergent de la section des Arcis, de garde au poste du Combat, pour être présent à l'execution du dit ordre; nous avons, au désir du tribunal, asssomé en sa présence le chien du sus désigné.
De tout ce que dessus, nous avons dressé procès-verbal, après en avoir donné lecture en présence des personnes sus désignées, qui l'ont reconnu véritable et ont signé avec nous: Bonneau, sergent de poste; femme Macquart; Georges, commissaire; Hosteaux.


Pour copie conforme à l'original; signé: Charvet, secrétaire."

26.2.07

De l'origine de l'expression "jeunesse dorée"


L'expression jeunesse dorée est née en même temps que d'autres, aujourd'hui oubliées, dans les luttes socio-politiques qui ont suivi à Paris la chute de Robespierre. Il ne fut quelque temps question que des muscadins, ces jeunes bourgeois qui avaient réussi à échapper aux réquisitions et se reconnaissaient à travers une mode "d'élégance baroque" en réaction à la terreur. Au delà de la référence historique, jeunesse dorée s'utilise encore de nos jours pour désigner la jeunesse oisive et noctambule des beaux quartiers, les dandys des plaisirs fiévreux des grandes villes, avec lesquels on accède assez vite "aux délices vantées de l'ennui supérieur" (J. Gracq). Cet emploi pour qualifier un phénomène social au demeurant anodin témoigne de "l'éclipse du sens" d'une expression née des luttes révolutionnaires.

Jeunesse dorée a émergé en l'an III, parallèlement à d'autres expressions, dans la bataille de mots et de signes que se livrent à Paris, et dans la presse, partisans et adversaires du nouveau cours politique et, de façon plus concrète dans les lieux publics, sans-culottes et muscadins. C'était le mot utilisé par ses adversaires pour désigner la troupe de Fréron, le bras armé de la dé-sansculottisation. Si le phénomène est alors parisien, le mot était venu de province: dès février 1793, ce sobriquet oublié était donné aux jeunes gens à Lyon, sans doute pour leur manière de se parfumer, et c'est dans l'été qu'il se répand à Paris; il devient à la mode et les chansonniers s'en emparent. Quand la terreur est mise à l'ordre du jour, il prend dans le discours politique une valeur très péjorative. Un passage du rapport de Barère sur la formation de l'armée révolutionnaire, le 5 septembre, montre le mépris extrême qu'il inspire: "Hier, un homme connu par son patriotisme [...] entendit six jeunes gens, je dirai plutôt des muscadins, ce nom qu'une jeunesse orgueilleuse s'est fait donner, et qui attestera à la postérité qu'il a existé en France, au milieu de sa révolution, des jeunes gens "sans courage et sans patrie." [ndcm: les muscadins, premiers citoyens du monde?]

Le contexte historique dans lequel est née l'expression jeunesse dorée n'est pas moins passionné et donne lieu à des inventions néologiques, à des locutions qui surgissent spontanément dans les luttes politiques violentes qui mènent à la défaite des sans-culottes. Celle du million doré, qui est moins connue et l'a précédé de quelques mois, est symbolique de la rupture socio-politique de l'an III; elle se construit à la croisée de plusieurs niveaux de discours, à l'assemblée, dans la presse et dans le peuple des groupes. Le trajet discursif du million et des locutions qui naissent sur le même registre montre que, comme c'est souvent le cas dans le discours politique, c'est le contexte dans lequel on prononce un terme ou une expression qui lui confère toute sa valeur.

La guerre de mots est partie d'une phrase prononcée dans les derniers jours de l'an II à la Convention par Dubois-Crancé, et qui fut dénoncée comme contraire au principe de l'égalité. C'était l'expression brutale de l'antagonisme qui va s'affirmer dans les mois suivants autour du couple liberté/égalité, entre ceux qui associent les deux principes et ceux qui voient dans le culte de l'égalité un danger pour la liberté. Dénonçant la terreur comme le principal obstacle au rétablissement de la confiance, Dubois-Crancé s'élevait contre un régime qui violait "la sûreté des personnes et des propriétés": "Ce n'étaient plus les aristocrates que l'on poursuivait, c'étaient tous les riches, tous ceux dont la fortune met en activité les talents et l'industrie du peuple /.../ Une simple réflexion va vous faire sonder la profondeur de l'abîme: la fortune d'un million d'hommes en France nourrit l'industrie de 25 autres; anéantissez les ressources de ce million d'hommes, et la contre-révolution est faite".

- Raymonde Monnier -

12.2.07

Chronique des guerres de Vendée


Octobre 1792. Alors que la Révolution triomphe à Paris, en Vendée le peuple résiste aux idéaux révolutionnaires qui bafouent coutumes et traditions religieuses.

Le jeune Julien Dampierre arrive dans un petit village de Vendée où il doit travailler comme palfrenier chez Forestier, un maître d'armes. Pour les beaux yeux d'Ariane, la fille de celui-ci, il abandonne sa neutralité et se lance à corps perdu dans le combat qui oppose, en une sanglante lutte fraticide, républicains et royalistes.

Sans parti pris, Yves Swolfs, natif de Belgique s'est documenté sur cette période charnière de l'histoire de France que sont les guerres de Vendée. Son dessin précis et efficace place d'emblée cette série historique parmi les meilleures du genre.

"Autant le héros traditionnel approche de la perfection, autant Dampierre correspond à un type de personnage moins idéalisé, plus vulnérable". Ainsi est défini ce "héros moderne" dans l'intéréssant dossier publié à son sujet par le Conservatoire départemental des musées de Vendée, en 1989.

La série Dampierre apparaît fin 1987 dans la revue Vécu et est reprise en albums dès l'année suivante aux éditions Glénat. Après avoir réalisé seul les 2 premiers épisodes, Yves Swolfs décident fin 1991 de confier à son compatriote Eric la réalisation graphique de Dampierre, dont il continue d'écrire le scénario.

3.2.07

1.2.07

31.1.07

Bastion!

29.1.07

28 janvier 1794: Mort de La Rochejaquelein



Né le 30 Août 1772 au château de la Durbellière, à Saint Aubin de Baubigné près de Châtillon, Henri De La Rochejaquelein grandit sous l’influence de la noblesse. Adolescent, il entre dans l’Armée française et devient deuxième lieutenant de la Garde Constitutionnelle du Roi. Il participe le 10 Août 1792 à la défense des Tuileries où Charles de Bonchamps (autre chef vendéen) lui sauve la vie. Sous la pression, le 13 Avril 1793, il prend la tête des paysans poitevins venus le chercher dans son château de la Durbellière, où il prononce ses paroles devenues célèbres : « Mes amis, si mon père était ici, vous auriez confiance en lui. Pour moi, je ne suis qu’un enfant ; mais par mon courage, je me montrerai digne de vous commander. Si j’avance, suivez-moi ; si je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi. »

A la tête de son armée, il libère Bressuire des républicains et rend la liberté à son cousin Lescure, prisonnier sur parole. Le 4 Mai, l’Armée Catholique et Royale approche de Thouars où elle est victorieuse. Mais le 16 Mai, elle échoue devant Fontenay, le triomphe attendra le 25 Mai. Lors de ce combat, Henri De La Rochejaquelein porte ses traditionnels mouchoirs rouges de Cholet (à sa ceinture pour tenir ses pistolets, à son cou et autour de la tête). Ses officiers lui demandent d’abandonner cette tenue trop reconnaissable mais il refuse. Alors tous ses soldats décident d’adopter les mouchoirs afin qu’ils ne soient plus une cause de danger pour lui.
Le 9 Juin, ils marchent sur Saumur. De La Rochejaquelein commande l’aile droite de l’armée et entre dans la ville mais le château tient toujours. Il se rend le lendemain et les Républicains laissent 10 000 prisonniers qui sont renvoyés sur leur parole de ne plus porter les armes contre les vendéens…

Le 29, pendant l’attaque de Nantes, De La Rochejaquelein reste en Deux-Sèvres pour stopper Westermann mais il est obligé de reculer face aux républicains.

Le 14 Août, il est aux côtés de D’Elbée lors de l’attaque de Luçon. Mais les pertes sont considérables et l’armée rentre en Vendée pour la défendre car on commence à l’attaquer de tous les côtés sans relâche. Henri De La Rochejaquelein se poste du côté de Thouars et de Doué.

Le 1er Septembre, la Convention publie sa loi des suspects et décrète l’envoi en Vendée de l’armée de Mayence. Les différentes colonnes entrent en scène le 6 Septembre. Les chefs vendéens tentent d’arrêter cette marée de terreur. L’exode connu sous le nom de « Virée de Galerne » s’amorce, prélude à la défaite de Cholet le 17 Octobre, et au passage de la Loire. 80 000 personnes se pressent dans la vallée : soldats, femmes, enfants, vieillards et blessés qui fuient le meurtre et l’incendie. De La Rochejaquelein est furieux, il veut aller au-devant de l’ennemi mais on finit par le convaincre qu’il ne peut abandonner l’armée.

Le 18 Octobre au matin, le passage de la Loire commence. Une vingtaine de mauvaises barques portent successivement les fugitifs. Pendant les deux jours où se déroule la traversée, une seule femme trouve la mort. Napoléon, émerveillé, témoigne : « Mes ingénieurs sont des hommes habiles, mais à Saint Florent, les Vendéens furent des sylphes. »

Et les voici sur la rive droite du fleuve, mais ils n’ont plus de généralissime. D’Elbée, blessé à Cholet, a trouvé asile sur l’île de Noirmoutier. Les chefs se réunissent en un conseil de guerre pour élire le généralissime qui aura l’honneur de conduire la Vendée à la victoire. Le poste est offert à Lescure qui décline l’offre : « Messieurs, je suis blessé mortellement … Il est nécessaire que l’armée ait sur-le-champ un chef actif, aimé de tout le monde, connu des paysans, ayant la confiance de tous : c’est le seul moyen de nous sauver. M. De La Rochejaquelein est le seul qui se soit fait connaître des soldats de toutes les divisions … Le choix que je propose ranimera le courage des Vendéens ; je vous conseille et vous prie de nommer M. De La Rochejaquelein . »

Le conseil ratifie ce choix et Henri De La Rochejaquelein est élu généralissime le 20 Octobre 1793, à 21 ans. Il propose aussitôt de marcher sur Angers ou Nantes, mais l’arrivée du Chevalier de Saint Hilaire parlant d’une flotte considérable en préparation dans les ports anglais, modifie sa décision et dirige la marche de l’armée vers la Normandie. Les Blancs s’emparent de Château-Gontier, le 21 Octobre et partent pour Laval. La ville est emportée le 23 Octobre. Le 26, les troupes de Westermann et Kléber rencontrent les Vendéens. Après un long engagement, c’est la retraite des Mayençais. Le 27, toutes les forces républicaines retrouvent l’Armée Catholique et Royale.

Kléber, au Comité de Salut Public, le 28 Octobre, rend hommage à Henri De La Rochejaquelein : « … alors, sans direction supérieure, nous avons tâché de ramener la victoire sous notre drapeau ; mais les brigands déployaient une tactique inaccoutumée. Nous avions contre nous leur impétuosité vraiment admirable et l’élan qu’un jeune homme leur communiquait. Ce jeune homme, qui s’appelle Henri De La Rochejaquelein, et dont ils ont fait leur généralissime après le passage de la Loire, a bravement gagné ses éperons. Il a montré dans cette malheureuse bataille une science militaire et un aplomb dans les manœuvres que nous n’avions pas retrouvés chez les brigands depuis Torfou. C’est à sa prévoyance et à son sang froid que la République doit cette défaite, qui a consterné nos troupes ; mais, quel que soit son empire sur l’esprit des paysans, il est bien difficile qu’il puisse longtemps se maintenir au milieu d’un pays qui n’est plus la Vendée… »

Le 14 Novembre, les Vendéens atteignent les murailles de Granville. Après trente-six heures d’un âpre combat, les vendéens battent en retraite vers Avranches, l’aide anglaise tant attendue n’étant pas au rendez-vous. Mais les paysans, voyant que la route prise n’est pas celle ramenant au bord de la Loire, exigent de retourner dans leurs pays ; l’armée se dirigent vers Angers. Du 18 au 22 Novembre, les blancs remportent les victoires de Pontorson, Dol, Trans et Antrain.

Epuisés, ils atteignent Angers le 3 Décembre et dès le lendemain, vaincus, ils se dirigent vers Le Mans. Ils pénètrent dans la ville le 10 Décembre et décident d’y rester quelques jours pour y soigner de nombreux blessés et malades. Les troupes républicaines sous les ordres de Marceau, Kléber et Westermann attaquent simultanément, le 13 Décembre, les vendéens qui s’échappent par la route de Laval poursuivis par les hussards de Westermann. C’est le désastre : les prisonniers sont fusillés par centaines, et des monceaux de cadavres jonchent les routes. Le lendemain, le reste de l’armée vendéenne encombrée des non combattants quittent Laval pour Ancenis qu’ils atteignent le 16 Décembre.

De La Rochejaquelein et Stofflet trouvent des bateaux et passent la Loire avec quelques centaines de soldats. Ils devaient rendre compte de la situation des Républicains sur l’autre rive. Les bleus, sur des barques canonnières, tirent quelques coups de canons et une cavalerie venue de Saint Florent met en fuite De La Rochejaquelein et Stofflet. Ils restent plusieurs semaines sans troupes, obligés de se déguiser en paysans pour parcourir les paroisses, alors que le reste de l’armée et la foule qui n’a pas pu traverser, se dirigent vers Savenay où ils vont être anéantis.

Le 28 Janvier 1794, au cours d’une escarmouche en forêt de Nuaillé, Henri De La Rochejaquelein tombe sous les balles républicaines. Stofflet a pris tous les moyens pour dissimuler sa mort le plus longtemps possibles aux vendéens.

C’est seulement le 13 Février 1794 que Turreau communique au Comité de Salut Public, depuis Saumur : « Le général Cordelier me marque que La Rochejaquelein est tué et enterré à Trémentines. Trente rapports me sont faits sur cet événement et tous s’accordent. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’était pas à Cholet et que c’était son armée qui attaquait cette ville ; elle était commandée par Stofflet. J’ai ordonné à Cordelier de faire déterrer La Rochejaquelein et d’acquérir des preuves de sa mort. »

"Si de ma vie dépend le bonheur de la Vendée, alors je suis prêt à la sacrifier toute entière"
(Henri De La Rochejaquelein)

15.1.07

La prophétie de Cazotte

Il me semble que c’était hier, et c’était cependant au commencement de 1788. Nous étions à table chez un de nos confrères à l’Académie, grand seigneur et homme d’esprit ; la compagnie était nombreuse et de tout état, gens de robe, gens de cour, gens de lettres, académiciens, etc. On avait fait grande chère, comme de coutume. Au dessert, les vins de Malvoisie et de Constance ajoutaient à la gaieté de la bonne compagnie cette sorte de liberté qui n’en gardait pas toujours le ton : on en était venu alors dans le monde au point où tout est permis pour faire rire.
Chamfort nous avait lu de ses contes impies et libertins, et les grandes dames avaient écouté sans avoir même recours à l’éventail. De là un déluge de plaisanteries sur la religion : et d’applaudir. Un convive se lève, et tenant son verre plein :
« Oui, messieurs, s’écrie-t-il, je suis aussi sûr qu’il n’y a pas de Dieu que je suis sûr qu’Homère est un sot. »
En effet, il était sûr de l’un comme de l’autre ; et l’on avait parlé d’Homère et de Dieu, et il y avait là des convives qui avaient dit du bien de l’un et de l’autre.
La conversation devient plus sérieuse ; on se répand en admiration sur la révolution qu’avait faite Voltaire, et l’on convient que c’est là le premier titre de sa gloire :
« Il a donné le ton à son siècle, et s’est fait lire dans l’antichambre comme dans le salon. »
Un des convives nous raconta, en pouffant de rire, que son coiffeur lui avait dit, tout en le poudrant :
« Voyez-vous, Monsieur, quoique je ne sois qu’un misérable carabin, je n’ai pas plus de religion qu’un autre. » On en conclut que la révolution ne tardera pas à se consommer ; qu’il faut absolument que la superstition et le fanatisme fassent place à la philosophie, et l’on en est à calculer la probabilité de l’époque, et quels sont ceux de la société qui verront le règne de la raison. Les plus vieux se plaignent de ne pouvoir s’en flatter, les jeunes se réjouissent d’en avoir une espérance très vraisemblable, et l’on félicitait surtout l’Académie d’avoir préparé le grand oeuvre et d’avoir été le chef-lieu, le centre, le mobile de la liberté de penser.
Un seul des convives n’avait point pris de part à toute la joie de cette conversation, et avait même laissé tomber tout doucement quelques plaisanteries sur notre bel enthousiasme : c’était Cazotte, homme aimable et original, malheureusement infatué des rêveries des illuminés. Son héroïsme l’a depuis rendu à jamais illustre.
Il prend la parole, et du ton le plus sérieux :
« Messieurs, dit-il, soyez satisfaits ; vous verrez tous cette grande révolution que vous désirez tant. Vous savez que je suis un peu prophète, je vous répète : vous la verrez. »
On lui répond par le refrain connu :
« Faut pas être grand sorcier pour ça.
– Soit, mais peut-être faut-il l’être un peu plus pour ce qui me reste à vous dire. Savez-vous ce qui arrivera de cette révolution, ce qui en arrivera pour tous tant que vous êtes ici, et ce qui en sera la suite immédiate, l’effet bien prouvé, la conséquence bien reconnue ?
– Ah ! voyons, dit Condorcet avec son air sournois et niais ; un philosophe n’est pas fâché de rencontrer un prophète.
– Vous, Monsieur de Condorcet, vous expirerez étendu sur le pavé d’un cachot, vous mourrez du poison que vous aurez pris pour échapper au bourreau, du poison que le bonheur de ce temps-là vous forcera de porter toujours sur vous. »
Grand étonnement d’abord ; mais on se rappelle que le bon Cazotte est sujet à rêver tout éveillé, et l’on rit de plus belle.
« Monsieur Cazotte, le conte que vous faites ici n’est pas si plaisant que votre Diable amoureux ; mais quel diable vous a mis dans la tête ce cachot, ce poison et ces bourreaux ? Qu’est-ce que tout cela peut avoir de commun avec la philosophie et le règne de la raison ?
– C’est précisément ce que je vous dis : c’est au nom de la philosophie, de l’humanité, de la liberté, c’est sous le règne de la raison qu’il vous arrivera de finir ainsi, et ce sera bien le règne de la raison, car alors elle aura des temples, et même il n’y aura plus dans toute la France, en ce temps-là, que des temples de la Raison.
– Par ma foi, dit Chamfort avec le rire du sarcasme, vous ne serez pas un des prêtres de ces temples-là.
– Je l’espère ; mais vous, Monsieur de Chamfort, qui en serez un, et très digne de l’être, vous vous couperez les veines de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n’en mourrez que quelques mois après. »
On se regarde et on rit encore.
« Vous, Monsieur Vicq-d’Azir, vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même ; mais, après vous les avoir fait ouvrir six fois dans un jour, après un accès de goutte pour être plus sûr de votre fait, vous mourrez dans la nuit. Vous, Monsieur de Nicolaï, vous mourrez sur l’échafaud ; vous, Monsieur de Bailly, sur l’échafaud...
– Ah ! Dieu soit béni ! dit Roucher, il paraît que monsieur n’en veut qu’à l’Académie ; il vient d’en faire une terrible exécution ; et moi, grâce au Ciel...
– Vous ! vous mourrez aussi sur l’échafaud.
– Oh ! c’est une gageure, s’écrie-t-on de toute part, il a juré de tout exterminer.
– Non, ce n’est pas moi qui l’ai juré.
– Mais nous serons donc subjugués par les Turcs et les Tartares ? et encore !...
– Point du tout, je vous l’ai dit : vous serez alors gouvernés par la seule philosophie, par la seule raison. Ceux qui vous traiteront ainsi seront tous des philosophes, auront à tout moment dans la bouche toutes les mêmes phrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citeront tout comme vous les vers de Diderot et de La Pucelle1... »
On se disait à l’oreille :
« Vous voyez bien qu’il est fou (car il gardait le plus grand sérieux). Est-ce que vous ne voyez pas qu’il plaisante ? et vous savez qu’il entre toujours du merveilleux dans ses plaisanteries.
– Oui, reprit Chamfort ; mais son merveilleux n’est pas gai ; il est trop patibulaire. Et quand tout cela se passera-t-il ?
– Six ans ne se passeront que tout ce que je vous dis ne soit accompli...
– Voilà bien des miracles (et cette fois c’était moi-même qui parlais) ; et vous ne m’y mettez pour rien ?
– Vous y serez pour un miracle au moins aussi extraordinaire : vous serez alors chrétien. »
Grandes exclamations.
« Ah ! reprit Chamfort, je suis rassuré ; si nous ne devons périr que quand La Harpe sera chrétien, nous sommes immortels.
– Pour ça, dit alors Mme la duchesse de Gramont, nous sommes bien heureuses, nous femmes, de n’être pour rien dans les révolutions. Quand je dis pour rien, ce n’est pas que nous ne nous en mêlions toujours un peu ; mais il est reçu qu’on ne s’en prend pas à nous, et notre sexe...
– Votre sexe, Mesdames, ne vous en défendra pas cette fois, et vous aurez beau ne vous mêler de rien, vous serez traitées tout comme les hommes, sans aucune différence quelconque.
– Mais qu’est-ce que vous nous dites donc là, Monsieur Cazotte ? C’est la fin du monde que vous nous prêchez. – Je n’en sais rien ; mais ce que je sais, c’est que vous, Madame la duchesse, vous serez conduite à l’échafaud, vous et beaucoup d’autres dames avec vous, dans la charrette du bourreau, et les mains liées derrière le dos.
– Ah ! j’espère que, dans ce cas-là, j’aurai du moins un carrosse drapé de noir !
– Non, Madame, de plus grandes dames que vous iront comme vous en charrette, et les mains liées comme vous.
– De plus grandes dames ! quoi ! les princesses du sang ?
– De plus grandes dames encore... »
Ici un mouvement très sensible dans toute la compagnie, et la figure du maître se rembrunit. On commençait à trouver que la plaisanterie était forte.
Mme de Gramont, pour dissiper le nuage, n’insista pas sur cette dernière réponse, et se contenta de dire du ton le plus léger :
« Vous verrez qu’il ne me laissera pas seulement un confesseur !
– Non, Madame, vous n’en aurez pas, ni personne. Le dernier supplicié qui en aura un par grâce sera... »
Il s’arrêta un moment.
« Eh bien, quel est donc l’heureux mortel qui aura cette prérogative ?
– C’est la seule qui lui restera : et ce sera le roi de France. »
Le maître de la maison se leva brusquement, et tout le monde avec lui. Il alla vers M. Cazotte, et lui dit avec un ton pénétré :
« Mon cher Monsieur Cazotte, c’est assez faire durer cette facétie lugubre ; vous la poussez trop loin, et jusqu’à compromettre la société où vous êtes et vous-même. »
Cazotte ne répondit rien, et se disposait à se retirer, quand Mme de Gramont, qui voulait toujours éviter le sérieux et ramener la gaieté, s’avança vers lui.
« Monsieur le Prophète, qui nous dites à tous notre bonne aventure, vous ne dites rien de la vôtre. »
Il fut quelque temps en silence et les yeux baissés.
« Madame, avez-vous lu le siège de Jérusalem dans Josèphe ?
– Oh ! sans doute ; qui est-ce qui n’a pas lu ça ? Mais faites comme si je ne l’avais pas lu.
– Eh bien, Madame, pendant ce siège, un homme fit sept jours de suite le tour des remparts, à la vue des assiégeants et des assiégés, criant incessamment d’une voix sinistre et tonnante : Malheur à Jérusalem ! malheur à moi-même ! Et dans le moment une pierre énorme, lancée par les machines ennemies, l’atteignit et le mit en pièces. »
Et, après cette réponse, M. Cazotte fit sa révérence et sortit."

- Jean-François de La Harpe -
:::: Quatre ans plus tard, en 1792, la Terreur annoncée par Cazotte régnait sur la France. Les têtes tombaient au nom de la Liberté, de la Philosophie et de la Raison. Et tous les personnages désignés au cours du dîner cher M. de Beauvau moururent, comme Cazotte le leur avait prédit. Lui même, arrêté le 1er septembre, fut guillotiné le 25 à 7 heures du soir, place du Carrousel... ::::