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16.8.09

Ne touche pas à l'épée

" Au bord de l’étang, l’enfant arrêta son cheval qui s’inquiétait. De petits sifflements jaillissaient des herbes […] L’enfant se retourna. D’entre les tiges jaunes, qui bougeaient comme au passage de reptiles, pointèrent d’étranges champignons bruns, des morilles, qui remuaient, qui grandissaient… et, bientôt, s’élevèrent : des hommes parurent avec des capuces, des perches et des sacs, couleur de terre, et qui, en demi-cercle, s’approchaient. Le premier, le plus grand, avait une hache à la main.
Le petit cavalier eut une moue et un froncement de sourcils presque imperceptibles ; puis, très calme, il les regarda, aussi paisible que s’il eût attendu des amis. Un cri lointain lui fit lever les yeux ; au bord du layon, la vieille appelait et agitait les bras ; les flammes solaires faisaient scintiller sa coiffe. Il n’entendit que son dernier mot : « …voleurs !... » […]
Les truands approchaient toujours. Mais qu’étaient ces faibles rustres pour la vigueur du cheval et pour sa vitesse ? Un claquement de langue, à défaut de l’éperon qu’il n’avait jamais senti, et le genet glorieux, dans le vent de la grande épée, eût foulé ces fourmis, ces perce-oreilles roussâtres… Les bandits s’y attendaient et, soucieux de leur capture, ils avançaient à pas indécis encore, hésitants, mettant dans leur marche la souplesse de ceux qui devront peut-être, à la seconde, changer de direction. […]
Le petit cavalier prit les devants :
« Est-ce vrai que vous êtes des voleurs, braves gens ?
Oui, vraiment ! » goguenarda l’homme à la cognée.
Alors, sur son beau cheval, ils virent l’enfant qui leur souriait ; qui continuait :
« Pourquoi êtes-vous des voleurs ? »
Le chef ne l’interloqua point : « Pourquoi es-tu riche ?
Si je suis riche, répliqua l’enfant étrange, c’est pour qu’il n’y ait plus de voleurs. Ne me tutoie pas : je ne l’ai permis qu’à cette femme, parce qu’elle ressemblait à ma nourrice.
Holà ! marmot ! on tutoie bien Jésus ! »
Cependant, malgré toute leur audace, leur vilenie, ces hommes subissaient un peu d’étonnement ; de cet étonnement qui, chez les âmes frustres, confine à la crainte. Ces bandits savaient leur terrible mine ; et que l’enfant, dans leurs serres, restât si paisible, les inquiétait, les menaçait. Le petit avait remué la tête et déclaré : « Mais c’est qu’on prie Jésus… »
Le chef n’était point homme à supporter longtemps en lui quelque chose qui ne fût pas brutal. […] « Ta bourse, fit-il, et sois au moins aussi généreux qu’avec la sorcière. De l’or ! allez vite ! »
L’enfant détacha l’aumônière de sa fonte droite, en tira les cordons, et la jeta : « Elle est pleine de carolus d’or, et c’est assez pour votre année. Rentrez chez vous, sans crainte ; car, entendez-vous, JE VOUS LA DONNE !
Tu nous la donnes, et nous la prenons, même si tu la refuses, poupard !
Vous la recevrez, reprit l’enfant avec une forte et simple insistance, je ne veux pas croire que vous soyez des larrons ; pour moi vous êtes des pauvres… JE VOUS LA DONNE ! C’est-à-dire que si, ce soir, le grand prévôt vous prenait, vous pourriez jurer, sur le Christ et sur la Vierge, qu’un jeune baron vous a fait l’aumône de toute son escarcelle. Bien plus, si vous mourrez ce soir – comme il se peut – vous n’aurez même pas à confesser au prêtre cette rapine. Partagez vous les pièces ; cependant, il y a au fond une toute petite médaille d’argent, qui vaut trente sols. Rendez-la-moi, quand vous l’aurez trouvée.
Tu nous ennuies, grogna le chef, tu parles trop.
Rends-lui sa petite médaille, intervint un truands, un homme âgé et rouge.
Non ! Qui donc est-le chef ?
C’est toi, mais ce jeune seigneur a du cœur, et nous, nous sommes dix contre lui. Rends-lui sa médaille !
L’homme, fit l’enfant, tu seras avec moi, ce soir, à ma droite.
Eh bien, reprit le chef qui s’amusait, ta médaille en échange de ton cor ?
Oui, rustre ! Prends donc mon olifant. Lui aussi JE VOUS LE DONNE. Mais prends garde ! tu t’aventures…
Bon, bon ! Mais, petit baron, tu dois avoir des bagues. Tire donc tes gants.
Non, voleur ; je n’ai qu’une bague, que trente hommes gardent. Voici mes mains nues.
Et ton épée, au pommeau d’or ?
Ne me la prend pas ! Non ! car ceci est terrible ! Un chevalier ne rend jamais son épée, même au péril de sa vie, et celle-ci !...
Eh bien, défends-toi donc louveteau ! Tu es là, à te laisser dépouiller comme une fille ! Allons donc, j’en rougis pour ton père valeureux et pour tes oncles ! Tu es sur un cheval qui vaut un destrier, tu as trois pieds de fer au côté, et tu cèdes ! Ah ! si les seigneurs ont maintenant des rejetons comme toi, leurs tours seront fragiles. Tiens, je jette ma hache, dégaine ! un bâton contre une épée, et marchons ! » Il riait.
« Patience, fit l’enfant, apprends que je suis le seul au monde à ne pas avoir le droit de tirer l’épée contre vous. Qui n’a pas le droit, entendez bien, même quand sa vie, sa puissance dépendraient du seul coup qu’il pourrait porter ! Me battre !... Y penses-tu, croquant ? » L’homme s’approcha.
« Ne touche pas à l’épée, misérable ! » Et l’enfant sauta à terre : « Voleurs, entendez-vous ! JE VOUS DONNE MON CHEVAL : c’est un cadeau du roi de Grenade, et il porterait trois hommes sans broncher du pied. » Il arracha de son vêtement une lourde chaîne qui scintillait… « JE VOUS DONNE ceci, et encore ceci, cela encore. Tenez, ce sont des rubis… Mais ! ne touchez pas à l’épée !...
Assez, dit le vieux, l’enfant est superbe et nous faisons ici de laide besogne. Prenons et partons.
Oui, partez ! Vous avez déjà sur votre cou, fit le petit cavalier, le sillon de la hart ; sur votre tête, vous avez l’ombre de vos potences. Oui, partez ! J’oublierai. »
Le chef, furieux, s’avança, la main levée. Mais l’enfant avait tiré la lame et d’un seul mouvement, la jetait au milieu du lac. Le chef allait frapper. « Tu es mort, écartelé, cria l’enfant, si tu me touches, bandit ! » Et le petit recula de deux pas. Pourtant la lourde main lui frôla l’épaule… « Ah ! fuyez, cria le jeune maître qui se grandit soudain. Vous êtes perdus tous ! Comment n’avez-vous pas compris ? Regardez ! »
De ses doigts crispés, l’enfant saisit la simarre de toile et, d’un seul coup, la déchira ; et, d’un seul coup, apparut, sous le lin, la tunique de velours bleu, resplendissante de fleur de lys sans nombre, de fleur de lys en or : « O malheureux, vous êtes maudits ! Je suis LE ROI ! »


- Jean de La Varende - Terres Sauvages -

23.7.09

La Devise


La devise est une sentence de peu de mots: espèce de proverbe qui, par allusion, fait connaître la noblesse ou les actions mémorables d'une famille. C'est encore un emblème consistant dans la représentation de corps naturels ou artificiels, ou en quelques mots qui l'appliquent dans un sens figuré à la louange d'une personne. Le mot devise comprend les chiffres, les rébus, les sentences et les proverbes.

L'usage des devises et des symboles remonte à la plus haute antiquité, et l'on pourrait facilement y voir la véritable origine des armoiries.

La tragédie d'Eschyle ayant pour titre: Les Sept Preux devant Thèbes, et celle d'Euripide intitulée: Les Phéniciens, témoignent de cette antiquité. Dans la description que ces deux poètes font des principaux capitaines que Polynice avait engagés dans sa querelle, et qui le suivirent au siège de Thèbes, ils leur donnent comme à lui des boucliers chargés de figures symboliques. Le premier que nomme Eschyle est Tydée qui portait sur son bouclier l'image de la mort, ou, selon Euripide, la dépouille d'un lion. Capanée est le second; Eschyle lui donne un Prométhée, la torche à la main, avec ces mots: Je réduirai la ville en cendres.

Dans Euripide, c'est un géant qui porte sur ses épaules et secoue la masse de la terre. Polynice porte sur son bouclier la déesse Justice qui le conduit, et ces mots: Je te rétablirai.

Les orateurs et les poètes de l'antiquité ont presque autant de devises qu'ils ont de métaphores, à prendre la devise dans son essence. Les lettres S.P.Q.R., qui sont encore aujourd'hui la devise de la ville de Rome, sont les initiales des mots Senatus populus que romanus. Le fameux Judas Asmonéen, si zélé pour la défense de la loi de Dieu et pour la liberté de la Judée, mit sur ses enseignes et sur ses étendards les lettres initiales d'une sentence hébraïque, prise au chapitre XV, V. 2. de l'Exode: Qui est semblable à toi, ô Seigneur, parmi les dieux. Or, comme les lettres initiales de ces mots forment en hébreu MACCABI, les chefs ou rois des juifs de la race asmonéenne furent nommés Macchabées.

Il ne faut que lire l'histoire et les vieux romans pour y remarquer les devises chiffrées et brodées sur les habits, avec diverses figures d'oiseaux et d'animaux dont on a fait depuis des armoiries. Ces devises ne faisaient point partie du blason, et Boswel se trompe quant il attribue à des armoiries semblables la cause de la querelle entre Jean Chandos et Jean de Clermont. Ces deux chevaliers portaient des armoiries bien distinctes, et la cause de leur querelle fut une devise qu'ils portaient tous deux en honneur de la même dame.

Froissart raconte ainsi cette querelle: "Aucuns chevaliers, tant français qu'anglais chevauchèrent en costoyant les batailles pour adviser chacun le convenant de ses ennemis, dont il advint que monseigneur Jean Chandos avait, ce jour, chevauché et costoyé à la bataille du roi de France sur aisle. En telle manière avait chevauché monsieur Jean de Clermont, l'un des maréchaux de France, en imaginant l'état des Anglais. Et a donc si comme ces deux chevaliers retournaient chacun devers son costé, ils s'entre-rencontrèrent, si portaient chacun d'eux une même devise d'une bleue dame ouvrée d'une bordure ray de soleil; et toujours dessous leurs haux vêtements en quelque état qu'ils fussent, si dit monseigneur de Clermont: Chandos, depuis quand avez-vous emprins à porter ma devise? Mais, vous, la mienne, répondit Chandos; car autant bien est-elle mienne comme vôtre? Je le vous nie, dit monseigneur de Clermont, et si la souffrance ne fut entre les vôtres et les nôtres, je vous montrasse tantôt que vous n'avez nulle cause de la porter. Ha! dit monseigneur Jean Chandos, vous me trouverez demain tout appareillé de défendre et de prouver par fait d'armes qu'aussi bien est-elle mienne comme vôtre. Monseigneur Jean de Clermont dit: Chandos, se sont bien les paroles de vos Anglais, qui ne savent adviser rien de nouvel; mais quand qu'ils voyent leur est bel."A tout passèrent outre, ne n'y eut adonc plus fait ni plus dit, et chacun s'en retourna devers ses gens."
Il y a des devises de diverses sortes, ainsi, par exemple:

En allusion au nom des maisons;
Vaudray: J'ai valu, vaux et vaudray.
Granson: A petite cloche, grand son.

En rapport aux pièces des armoiries:
Montchenu (qui porte une bande dans ses armes); La droite voie.

D'autres étaient prises par les chevaliers pour n'être comprises que des personnes qu'ils aimaient.
Philippe-le-Bon: Autre n'aurai.
Jacques de Brimeu: Plus que toutes.

C'étaient encore des proverbes ou des sentences:
Solara: Tel fiert qui ne tue pas.
Baronat: Vertu à l'honneur guide.

Mais les devises les plus honorables sont celles qui se composent de mots historiques; parce qu'elles rappellent toujours un grand évènement.
Gusman de Medina: Le roi l'emporte sur le sang. Don Alonzo Perez de Gusman, étant en 1293 gouverneur de Tarifa, fut assiégé par les Mores et sommé de rendre la place, sous peine de voir mourir son fils, qui était prisonnier de l'ennemi. Gusman leur jeta un poignard en s'écriant: Le roi l'emporte sur le sang!

Ce sont encore très souvent des légendes comme celle de César Borgia: Aut Caesar, aut nihil.
François Ier, et avant lui Charles, comte d'Angoulême, son père, portait une salamandre en devise, avec ces mots: Nutrisco et extinguo, pour signifier qu'il protégerait les bons et exterminait les méchants. Cette devise fut gravée et sculptée dans plusieurs palais. On la voit encore à Fontainebleau sur une tapisserie avec ce distique: Ursus atrox, aquila levis, et tortilis anguis Cesserunt flammae jam salamandra tuae.
Ce qui signifiait que François Ier avait vaincu par sa valeur, les Suisses représentés par l'ours, les Impériaux par l'aigle, et les Milanais par le serpent.

Les princes donnaient autrefois des devises aux seigneurs de la cour, lorsqu'ils les recevaient en qualité d'hommes liges, c'est-à-dire lorsqu'ils les attachaient à leur service. Upton dit qu'en Angleterre, lorsque le roi créait un noble en lui accordant un fief militaire, il lui donnait en temps même la devise.

La devise se place ordinairement dans un listel au bas de l'écusson, le listel de couleur et les lettres de métal, pris l'un et l'autre des émaux de l'écu. Dans l'exemple cité plus haut de la salamandre, adoptée comme devise par François Ier, la salamandre serait appelée le corps de la devise, et le distique l'âme de la devise.

La devise héréditaire, qui se confond avec le cri et que l'on place toujours au-dessus des armoiries, dont elle fait pour ainsi dire partie, n'est ordinairement composée que de mots exprimant aussi d'une manière allégorique et brève une pensée, un sentiment, un dessein, une qualité. Un très grand nombre d'anciennes maisons ont des devises héréditaires, dont plusieurs sont tirées des noms de famille tels que:
Achay: Jamais las d'acher.
Arsces: Le tronc est vert et les feuilles sont arses.
La maison de Bourbon a pour devise: Espérance.

14.3.09

Quand les Suisses étaient royalistes...


Sauf rares exeptions, les républiques démocratiques cultivent par nature le terne, le fade, l'abstrait. A cette aune, le système helvétique, qui d'ailleurs ne remonte qu'à 1848, a atteint une sorte de "perfection" où l'anonymat confine à l'absence, où transparence et vide sont confondus avec probité... Dans cette "Confédération", à présent on vote sur tout et sur rien, jusqu'à l'absurde: le triage des ordures, les cours d'"éducation canine" aux propriétaires de molosses, le retour des notes à l'école primaire, etc. En revanche, le chef du principal parti du pays a été débarqué du cabinet de Berne pour avoir voulu réintroduire une pincée de nationalisme dans la politique...
Maudit "nationalisme" sans lequel pourtant la Suisse n'existerait pas! Une Suisse qui, jadis, fut même royaliste avant que ne l'emportent les héritiers de l'archer républicain (et néanmoins ultra-nationaliste...) Guillaume Tell.
"C'était quand la reine Berthe filait", "C'était au bon temps de la reine Berthe". Ces expressions populaires entendues en Genevois, dans la bouche d'une "dame paysanne" portant le prénom hugolien de Cosette, nous mirent naguère sur la piste du monarchisme helvète, aujourd'hui celé.
Nous nous rendîmes donc à la grandiose abbatiale romane de Payerne (Vaud) où se trouve le tombeau de cette reine légendaire (sans rien de commun avec Berthe au Grand-Pied, mère de Charlemagne) au point de personnifier aujourd'hui à elle seule l'ancien royalisme suisse. Et de fait, elle marqua son époque. Le personnage qui vécut de circa 905 à circa 978 et régna, uniquement comme épouse de roi, de 922 à 940, nous a magnifiquement été réstitué par cet auteur suisse méconnu qui fut pourtant, sans doute, le plus grand essayiste romand de la première partie du XXe siècle, le plus original en tout cas: Charles-Albert Cingria (1883-1954).
Plongé dans les auteurs anciens, encore plus oubliés que lui, comme l'évêque Liutprand, l'abbé Dey, Muret ou Poupardin, Cingria a fait émerger de la légende cette maîtresse femme qui n'hésitait pas à se faire représenter avec sa couronne royale et également sa quenouille, symbole de féminité (d'où d'ailleurs, l'expression imagée "tomber en quenouille" pour des droits héréditaires dévolus à une femme, faute d'héritier mâle...). Fille de Bourcard le Souabe, duc d'Alémanie (on appelle toujours "alémanique" la Suisse germanophone), Berthe épousa successivement Rodolphe II, roi de Bourgogne (ce royaume avait alors pour centre une part de la Suisse actuelle) et d'Italie, puis Hugues d'Arles, comte de Provence et roi d'Italie, Les Annales sangallenses nous ont laissé cette image de la jeune mariée se rendant à travers les Alpes, "en palanquin et traîneau" dans la partie italienne des Etats de son époux. Le second d'entre eux se fit remarquer par son harem formé de quatre épouses "légitimes" (dont Berthe) et de six concubines. Les Sarrazins qui, en ces temps-là, venaient encore razzier jusqu'à Coire (Grisons) ne durent pas être dépaysés par les moeurs de ce monarque chrétien...
Parmi les enfants du premier lit de Berthe figura la future sainte Adélaïde, épouse d'Othon, premier empereur romain germanique; leur fille Emma devint "reine de France" en épousant le Carolingien Lothaire IV. Leur fils Louis V fut le dernier de cette lignée à régner, avant les Capétiens (987). Les mariages interdynastiques ont fait que sans doute du sang berthien circule encore aujourd'hui dans les veines de princes français.
La "reine fileuse" (ou "filandière") joua surtout un rôle politico-social pacificateur lors d'une active retraite d'environ 40 années. Installée en pays de Vaud, la douairière sema derrière elle monastères, églises et bienfaits divers, sous l'égide de l'Avignonnais Saint Mayeul (906-994), abbé de Payerne et de Cluny. La tour Bertholo, à Lutry (Vaud), perpétue encore le souvenir de cette souveraine très chrétienne, intitulée jusqu'au bout "reine par la grâce de Dieu". C'est peut-être au beau et modeste village de Colombier-sur-Morgues, dans l'arrière pays lémanique, qu'on peut retrouver par le paysage un peu de l'atmosphère berthienne. On dit aussi que les porteurs du patronyme "Berthollet" se réfèrent d'une manière ou d'une autre au souvenir de la reine Berthe. Quand les Suisses étaient royalistes...

- Péroncel-Hugoz, in La NRH #41 (mars-avril 2009) -

8.3.09

Le cri de guerre


Le cri d'armes ou de guerre se prend pour certains mots qu'une nation, une ville, une maison illustre portaient écrits sur leurs bannières.
Il servait autrefois de signal, soit pour livrer le combat ou se reconnaître dans la mêlée, soit pour rallier les troupes et ranimer leur courage; les chevaliers s'en servaient aussi dans les joutes et les tournois. Ce cri, fort en usage chez les Français et les autres peuples de l'Europe, n'était qu'une coutume renouvelée des peuples anciens.

Parmi les modernes, le cri de guerre n'appartenait qu'aux chevaliers ayant droit de porter bannière. Il y avait donc dans une armée autant de cris que de bannières; mais, outre ces cris particuliers, il y en avait un général pour toute l'armée; c'était celui du roi ou du commandant en chef. Le cri général se faisait unanimement par tous les soldats ensemble au moment de la mêlée, tant pour implorer l'assistance du ciel que pour s'animer au combat; tandis que les cris particuliers n'avaient d'autre but que de rallier chaque homme d'armes sous la bannière de son chef immédiat.

Le cri des rois de France est "Mont-Joie, Saint-Denis!".
Raoul de Presles, qui vivait sous Charles V, dit que Clovis combattant dans la vallée de Conflans-Sainte-Honorine, la bataille s'acheva sur la montagne où était une tour appelée Mont-Joie. Robert Scenel, évêque d'Avranches, dit que Clovis, se trouvant en danger à la bataille de Tolbiac, un peu avant d'embrasser la religion chrétienne, invoqua Saint-Denis sous le nom de Jupiter en criant: Saint-Denis! mon Jove! d'où on fit ensuite Mont-Joie.
Les anciens auteurs n'ont point donné la véritable origine de ce cri, et l'opinion la plus accréditée aujourd'hui est celle d'Huguet de Saint-Cher, qui rapporte que les pèlerins avaient coutume d'appeler Mont-Joie des monceaux de pierres sur lesquels ils plantaient des croix: Constituunt acervum lapidum, et ponunt cruces, et dicitur Mons-Gaudii. Del Rio atteste la même chose des pèlerins de Saint-Jacques en Galice.
Il existait une grande quantité de monts-joie sur la route de Saint-Denis, et quand on allait chercher l'oriflamme que nos rois y avaient déposée on criait sur toute la route: Mont-Joie Saint-Denis!

Ce cri était répété à la guerre, et devint ainsi celui des rois de France.

1.3.09

Joyeuse: l'épée de Charlemagne





« Nous avons fort à dire sur la lance
Dont Notre Seigneur fut blessé sur la Croix.
Charles, grâce à Dieu, en a la pointe.
Il l'a fait enchâsser dans un pommeau d'or.
En raison de cet honneur et de cette grâce,
Le nom de Joyeuse fut donné à l'épée.
Les barons français ne doivent pas l'oublier :
C'est de là que vient «Montjoie», leur cri de guerre
C'est pourquoi aucun peuple ne peut leur résister. »


La Chanson de Roland

17.1.09

Pharamond, premier roi des Francs


Pharamond a été longtemps désigné comme le premier roi de France; mais on ne sait pas bien où était le siège de son royaume, combien de temps il a régné, le nom de sa femme, le nombre de ses enfants, et même si Clodion, qu'on lui donne pour successeur, était son fils. Il était païen. On dit qu'il régna à Trèves et sur une partie de la Flandre.
Certains ont avancé qu'il avait eu pour femme Imbergede (ou Imbergide), fille de Waso-Gast (ou Bafogast), l'un des quatre seigneurs gaulois chargés de la révision de la loi salique ; et n'ayant point eu d'enfants d'elle, il épousa en secondes noces Argote, fille d'un roi des Cimbres ou d'un duc des Francs, dont il eut Clodion et Clenus. Il est probable que Pharamond ne fut proprement qu'un général d'armée, le chef d'un corps militaire de Francs.

C'est le sentiment de Grégoire de Tours : « La plupart ignorent quel a été le premier roi des Français. Sulpice Sévère, qui rapporte plusieurs choses concernant cette nation, ne nomme point son premier roi. Il dit seulement qu'elle a eu des généraux. » Plusieurs critiques prétendent que les Francs ont eu des rois avant Pharamond, et que Constantin en fit mourir deux, après les avoir défaits.

Quoi qu'il en soit, on a attribué à Pharamond l'institution de la fameuse loi salique. C'est un recueil de règlements sur toutes sortes de matières, que Clovis fit rédiger : cette loi fut appelée salique, du nom des Saliens, les plus illustres des Francs. Elle fixait la peine des crimes, et plusieurs points de police. La succession perpétuelle des mâles, à la couronne de France, n'y est pas expressément réglée. La loi salique et la loi des Bourguignons, ne donnèrent point aux filles le droit de succéder à la terre avec leurs frères. Elles ne succédèrent pas non plus à la couronne.

Malgré l'obscurité qui accompagne les actions de ce prince, on aurait tort de le regarder comme un de ces personnages fabuleux que l'on rencontre souvent aux premières époques de l'histoire des nations, toujours jalouses de reculer leur origine. Il est certain que Clovis est le premier roi de France, c'est-à-dire le premier chef des Francs qui ait formé dans les Gaules un établissement stable, transmis à ses enfants, et tenant du peuple conquérant le nom qu'il porte encore aujourd'hui.

Mais il est probable que Pharamond a été roi, chef ou duc des Francs, lorsque, essayant de secouer le joug des Romains, ils faisaient des incursions dans les Gaules. Quelques vieilles chroniques placent la mort de ce prince en l'année 428 cependant que celles de Saint-Denis la mettent à l'an 420. Hunibald, ancien historien, dont Tritheim nous a conservé quelques fragments, rapporte que ce prince fut enterré, more gentilitio, à Framont (Francorum mons), en allemand Frakenberg, dépendant de l'abbaye de Senones, et situé entre la Lorraine et l'Alsace. Une charte de l'an 1261, citée par dom Mabillon, confirme cette ancienne tradition.

16.1.09

Ne sait quand reviendra...



" Malbrough s'en va t'en guerre " fut écrit un soir de bataille en 1709, sous le règne de Louis XIV, sur une vieille mélodie du moyen-âge. La chanson fut ensuite oubliée puis mise à la mode en 1781 à la cour de Louis XVI par la nourrice du dauphin. Elle berçait l'enfant royal au son de cette chanson, et bien vite, tout Versailles apprit le refrain de cette complainte guerrière si entraînante.
On retrouve dans les paroles le souvenir des chansons de geste du moyen-âge et les habitudes des châtelaines qui montaient à la tour pour guetter le retour de leur époux... On y retrouve également le thème et beaucoup de détails d'une autre chanson très ancienne : " Le convoi du Duc de Guise " improvisée par les soldats en 1563 après la mort de leur maître.

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12.1.09

Le Roi te touche...

Thaumaturge signifie « qui fait œuvre de prodiges », c’est-à-dire de miracles. Seuls les rois de France et d’Angleterre étaient dotés du pouvoir de guérison. La tradition vient de Clovis qui aurait, disait-on au XVIe siècle, guéri son serviteur Lanicet. Plus tôt, Grégoire de Tours raconte qu’une femme avait subtilisé des brins du manteau de Gontran, le fils de Clotaire Ier. Elle les avait mis dans de l’eau et avait fait boire son fils atteint de fièvres malignes. Celui-ci avait été guéri.

C’est seulement sous les Capétiens que la tradition prit forme. Au troisième jour du sacre les rois partaient pour Corbeny à mi-chemin entre Reims et Laon pour procéder aux guérisons. Pourquoi Corbeny? La raison est qu’à Corbeny étaient conservées les reliques de saint Marcoul. Saint Marcoul serait né à Bayeux en 490. Il avait assuré à Chilpéric que lui et ses descendants avaient le pouvoir de guérir les écrouelles. Lorsque le monastère où ses reliques étaient conservées fut détruit, Charles le Simple demanda à l’évêque de Coutances de les faire transférer à son palais de Corbeny. Le roi y fonda un monastère en 907. On atteste que Robert le Pieux possédait ce pouvoir de guérison ainsi que son petit-fils Philippe Ier.

En Angleterre, Henri Ier, fils de Guillaume le Conquérant et Henri II Plantagenêt procédaient eux aussi au toucher des écrouelles.

Le roi saint Louis fut le premier à inaugurer la tradition de se rendre à Corbeny. La tradition du pèlerinage s’établit définitivement à partir de Jean le Bon. Par la suite, le seul qui ne put s’y rendre fut le roi Henri IV car la région était tenue par les Protestants.

Après la cérémonie du sacre, le roi se rend donc à Corbeny où il est reçu par le Maître des Merciers qui porte le cierge de confrérie de saint Marcoul. Le roi prend l’image du saint et pénètre dans l’église où il reçoit la bénédiction du prêtre après la messe, il procède au toucher des écrouelles, dans la cour du palais. A partir du XVIe siècle, touchant les plaies des malades il prononce la formule: « Dieu te guérisse, le roi te touche ». Louis XIII, 3000 et Louis XV, 2000. Les rois ne limitaient pas cette cérémonie aux seuls sacres, mais la répétaient à l’occasion des grandes fêtes religieuses annuelles. Charles X, lui aussi toucha 121 malades après son sacre.

- Rémy de Bourbon Parme; in Scriptoria n°4 -

18.7.07

La route des Sacres


Tandis que les religieux de Saint-Denis partaient pour Reims avec les ornements royaux qui étaient déposés au trésor de l’abbaye, le roi se préparait à son voyage.
Il était de tradition qu’ils suivent la même route et fassent les mêmes étapes que leurs prédécesseurs.
Suivons le récit du voyage de Louis XV en beaucoup de points semblables à celui de ses ancêtres.
Le Vendredi 16 octobre, le roi quitte Versailles pour se rendre aux Tuileries où il passe la nuit. Le lendemain, il assiste à la messe et prend la route vers 11 heures sous les acclamations de la foule.
Quittant Paris par la Porte Saint-Martin suivi et précédé d’une escorte constituée par des mousquetaires, gendarmes et autres corps de la maison royale. L’accompagnaient, le Régent, nous sommes encore pour un an sous la Régence, son fils et son gouverneur.
Après une nuit passée à Dammartin-en-Göele, ils partent de bon matin, après la messe, en direction de Villers-Cotterêts. Le voyage est assez bref, ils arrivent au château du Régent qui avait été remis en état pour l’occasion. La nuit passée, ils reprennent la route pour Soissons où les attend le gouverneur d’Île-de-France, le comte d’Évreux. Reçus par le maire et les échevins qui lui remettent les clés de la ville, il s’installe avec sa suite au palais épiscopal et y rencontre les corps constitués. Il reste toute la journée à Soissons où il assiste aux conseils et à la messe donnée dans la cathédrale. Le lendemain, il prend la route pour la dernière étape avant Reims: Fismes. La ville a fait des préparatifs fastueux. Voilà en effet près de soixante-dix ans qu’une telle fête ne s’est pas déroulée. Louis XIV, son arrière grand-père, a été sacré en 1654 et nous sommes en 1722. Le roi va passer sous des arcs de triomphe, va pouvoir admirer des sculptures, des tapisseries et des inscriptions. Tout cet apparat coûte cher à la ville qui pense se dédommager grâce à l’affluence que crée le passage du roi. Les gens viennent de toutes les régions de France et de l’étranger. On y voit des princes et des ducs de royaumes voisins ainsi que de nombreux ambassadeurs.
Le lendemain le roi change de carrosse pour se rendre à Reims où il est accueilli par le prince de Rohan et le gouverneur qui lui offrent les clefs de la ville. A la cathédrale, l’archevêque duc de Reims, le duc de Rohan Guéméné le reçoit, accompagné de ses évêques suffragants. […]
Au moyen Age, la route fut parfois différente. En effet, il s’est trouvé que certaines parties du parcours soient hors du domaine royal. Les relations entre les fiefs et la couronne n’étaient pas toujours bonnes. La route fut-elle ainsi infléchie vers le sud pour éviter Soissons par exemple où le roi n’aurait pas été le bienvenu. Lorsque ces fiefs furent intégrés au domaine royal, La route reprit le chemin qu’emprunta pour la dernière fois le roi Charles X pour se rendre à Reims. Il faut ajouter que tout au long du parcours, la foule se pressait pour voir passer le roi qui se rendait pour accomplir la cérémonie la plus importante de sa fonction.

- Rémy de Bourbon Parme ; in Scriptoria n°4 -

7.3.07

La symbolique du lis


La fleur de lis ou ce que nous baptisons telle, a été un symbole utilisé depuis très longtemps comme motif de décoration ou sur des monnaies. Elle a été souvent associée à la souveraineté et, à ce titre, a orné des sceptres, des vêtements ou des sceaux dans de nombreux pays et à toutes les époques. On pourrait disserter longuement sur ce qui a inspiré ce dessin stylisé: si c'est une fleur, laquelle (iris, lis, lotus ou genêt?), est-ce un oiseau (colombe, abeille?) ou un dessin libre? Toujours est-il que la chrétienté va très tôt l'associer d'abord au Christ puis à la Vierge Marie grâce aux interprétations que firent de nombreux docteurs de l'Église sur le Cantique des cantiques, de saint Jérôme à saint Bernard. C'est ce dernier saint qui fut familier de Suger et de Louis VII qui a pu conseiller que le roi utilise le lis sur ses armoiries. Car c'est à cette époque que sont inventées les blasons. Les casques devenant des heaumes fermés, il fallait bien pouvoir reconnaître un individu sur un champ de bataille ou les lices d'un tournoi. On peignit alors des images en couleur sur les boucliers et les vêtements et les bannières s'accordèrent à ces dessins. Les rois utilisaient déjà le lis sur leurs sceaux ou sur leurs sceptres, Philippe II Auguste le mit sur sa couronne et Louis VII décida qu'il porterait "d'azur au semé de lis", d'abord sur ses vêtements, sa bannière, puis son écu. C'est le roi Charles VI qui en 1380 arrêta à trois, symbole de la Trinité divine, le nombre des lis sur le blason. Le lis composé de trois branches illustra soit l'union de la foi, la sapience et le courage, idéal chevaleresque, soit la foi, l'espérance et la charité, idéal du chrétien.
On raconta par la suite que ces armes avaient été prises par Clovis soit après la bataille de Tolbiac, soit après son baptême, sur l'inspiration de son épouse, la reine Clothilde, ou bien d'un ermite de l'ermitage de Joyenval. On prétendit que le roi des Francs avait auparavant un blason portant trois croissants (symboles de son paganisme), puis, avec l'apparition du croissant de l'Islam, on dit qu'il portait trois crapauds (symboles démoniaques). Ces légendes démontraient que la conversion du roi avait boulversé son état au point qu'il en changea les symboles.
Toujours est-il qu'en faisant choix du lis pour ses armes en un temps où la plupart des souverains choisissaient des animaux sauvages (lions, léopards), le roi de France affirmait bien haut sa position de Fils Aîné de l'Église et l'idéal qu'il entendait représenter: à savoir celui qui devait conduire ses sujets aux portes du Royaume éternel.

- Alexandre Loire, in Le sacre des rois de France -

7.10.06

Pourquoi le sacre des rois de France?


Au delà du cérémonial qui s'enrichit au cours des siècles, il faut chercher la signification profonde de cette cérémonie qui fut l'un des événements essentiels de la vie de la France et de la pérennité de ses institutions.
La solennité qui entoure aujourd'hui, quelles que soient les institutions, l'accession au pouvoir suprême est inspirée, qu'on le veuille ou non, du Sacre des rois de France.
Le roi recevait l'onction de Dieu, le président celle du peuple. Le suffrage universel choisit celui qui préside aux destinées du pays, les lois de succession, la loi salique, désigna ceux qui menèrent la France pendant quatorze siècles.
Deux différences essentielles marquent les pouvoirs. Le roi est confirmé lors du sacre car il devient roi, de par les lois de succession, dès la disparition de son prédécesseur.
L'autre différence est l'assise de la fonction. La monarchie française a trouvé son assise dans le cadre sacré de l'église qui lui a ainsi donné une dimension divine. La république s'est séparée de l'église quand elle ne l'a pas combattue.
Le sacre des rois de France est l'un des éléments fondateurs de la France, un des plus vieux pays d'Europe. Le cheminement qui a mené notre pays à ce qu'il est aujourd'hui doit être suivi avec attention. Il explique la structure physique, intellectuelle et morale du pays et de la nation. Depuis Clovis notre pays s'est construit autour d'institutions qui ont fait sa grandeur.


in Scriptoria n°3

3.7.06

Enseignements du roi Saint Louis


Extraits des enseignements laissés par Saint Louis à son fils Philippe, sur son lit de mort en 1270 à Carthage:

"Cher fils, je t'enseigne d'être compatissant envers les pauvres et les malheureux et de leur donner secours ou consolations suivant tes moyens."

"Cher fils, recherche la compagnie d'hommes vertueux qu'ils soient religieux ou laïcs et évite la compagnie des méchants. Aime le bien en autrui, hais le mal et ne souffre que l'on dise des paroles médisantes ou qui portent au péché. Châtie celui qui blasphème en ta présence contre Dieu, Notre Dame ou les saints."

"Chers fils, s'il advient que tu viennes au royaume, veille à être droit en toutes circonstances. S'il advient une querelle entre un riche et un pauvre, soutiens le pauvre contre le riche jusqu'à ce que la vérité soit faite, applique alors la justice. S'il advient que tu aies une querelle qui te concerne, soutiens ton adversaire devant ton conseil jusqu'à ce que la vérité soit connue sinon ton conseil n'oserait pas prendre de décision contre toi. Si tu apprends que tu détiens quelque chose à tort, que ce soit de ton fait ou de celui de tes ancêtres et quelle qu'en soit la valeur, rends-la aussitôt. Si la chose est obscure et que tu ne puisse savoir la vérité, fais trancher par un conseil d'hommes sages pour délivrer ton âme et celles de tes ancêtres. Bien que tu aies entendu dire que tes ancêtres aient tout rendu, essaie toujours de savoir s'il reste quelque chose à rendre. Soit attentif à ce que tes sujets vivent en paix dans ton royaume, spécialement les gens d'Église, que l'on ne leur fasse aucun tort."

"Cher fils, je t'enseigne à aimer et honorer ta mère, à écouter et suivre ses bons conseils.
Aime tes frères, veille à leur bien et sois un père pour eux, mais garde-toi de ne rien faire contre le droit, par excès d'amour."


"Cher fils, je t'enseigne que lorsque tu feras des dons à la sainte Église, tu les fasses à des hommes sages. Il me semble qu'il vaut mieux donner à ceux qui n'ont rien car ces dons seront mieux employés."

"Cher fils, je t'enseigne de ne point faire la guerre aux chrétiens et si tu ne peux l'éviter essaie par tous les autres moyens de recouvrer ton droit pour l'éviter. S'il advient que tu doives la faire, veille à ce qu'aucun tort ne soit fait aux hommes d'Église, aux pauvres ou aux innocents. Avant de prendre d'assaut ton adversaire, prends conseil et vois que ta cause soit juste et que tu aies fait toutes les sommations nécessaires."


"Cher fils, donne tes pouvoirs à ceux qui sauront en user, veille à bannir le péché de ton royaume: les blasphèmes, péchés de corps, jeux de dés, tavernes et autres. Fais-le avec sagesse. Fais chasser de ta terre les méchants avec l'aide de gens sages. Reconnais les bontés de Notre Seigneur et remercie-le."


"Cher fils, je t'enseigne d'être attentif à ce que les deniers que tu dépenseras soient utilisés honnêtement et à bon escient. C'est un sens que j'aimerai que tu aies, c'est-à-dire que tu te gardes de folles dépenses et de mauvais gains. Notre Seigneur t'enseigne ce sens et tous ceux qui te sont profitables."


Rapporté par Guillaume de Saint-Plathus